Le recours aux marchés par les entreprises pour leurs financements s’est accru au cours des dernières décennies. Pour retenir l’attention des investisseurs, des rentabilités élevées ont gagné ainsi en importance dans les critères d’appréciation. Les taux affichés étant d’autant plus élevés que les gains se répartissent sur une masse de fonds propres restreinte, le recours à davantage d’emprunt pour financer l’appareil de production s’est généralisé, favorisé souvent par une politique d’argent facile et bon marché. Sans une prise en compte suffisante par les marchés, l’effet de levier ainsi pratiqué a conduit souvent à une couverture des risques inadéquate.

Endettement accru du secteur financier américain
Les entreprises financières n’ont pas échappé, et de loin (en étant même des initiateurs en la matière), à cette double tendance. Pour répondre à une demande croissante de crédits, les banques – en l’absence d’une augmentation proportionnelle des dépôts – ont su dégager les ressources requises en plaçant sur les marchés des produits titrisés adossés aux crédits consentis. Dans l’euphorie générale, elles ont eu ainsi la capacité d’accorder des emprunts à des créanciers de plus en plus marginaux.
La défaillance de ces créanciers douteux n’est pas seule en cause dans la dernière crise financière. Sans cette titrisation des crédits et la sottise des investisseurs dans l’acquisition des produits dérivés – ignorant les risques de ces derniers et/ou recourant aux pseudo-assurances que sont les credit default swaps sur leurs émetteurs – le sauvetage des banques par les gouvernements n’auraient pas pris de telles proportions.
Apprentis sorciers des nouvelles techniques financières, les entreprises du secteur de l’intermédiation entre épargne et investissement, endettées désormais comme le reste de l’économie et des pouvoirs publics, ne devraient plus être en mesure d’échapper à l’avenir à une supervision plus rapprochée des autorités monétaires et à des règles plus strictes.
Mais les principaux centres financiers, dès lors qu’ils refleurissent, ne sont pas pour autant disposés à accepter des entraves à leurs libertés d’opération auxquelles les autres places concurrentes ne seraient pas soumises. D’où l’importance, après les premières mesures prises aux plans nationaux et européen, d’une coordination au sein du G-20.
La dépendance des finances publiques des marchés et des banques, comme celle de ces dernières du sauvetage des gouvernements, n’est pas de nature à faciliter la mise en œuvre d’une réforme globale.
Sous le titre « Vers une version revue et corrigée du capitalisme financier ? – Du démarrage hésitant du G-20 vers la prévention des crises », l’auteur, en collaboration avec Alexander Hawthorne, soumet à votre attention et vos commentaires* un article documenté sur le sujet.
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Les grandes banques multifonctions (dites aussi universelles) ont de bonnes raisons de s’opposer au cloisonnement proposé entre banques de détail et banques d’investissement: leurs avances aux opérateurs sur titres et autres produits financiers leur permettent de se débarrasser de leurs mauvais risques (ou du moins l’espèrent-ils). Le crédit accru entre financiers est le levier qui amorce l’euphorie. Viennent dans une seconde vague les autres opérateurs, encouragés par des facilités en leur faveur. Quand se joignent à ceux-ci les acteurs de l’économie réelle qui, dans l’euphorie désormais bien établie, confondent investissements physiques et investissements financiers, toutes les conditions sont réunies pour que les mauvais risques pris par les banques soient dès lors entre les mains de ces derniers intervenants.
Bonne continuation de vos réflexions!